En attendant que les artistes sélectionnés soient dévoilés fin janvier, la 16 ème édition de la Biennale d’art contemporain de Lyon est déjà dans les starting-block. Faisant écho à la crise sanitaire, elle est conçue par les commissaires Sam Bardaouil et Till Fellrath et a pour titre Le Manifeste de la fragilité. Une fragilité qui trouve un contrepoids dans la résistance afin que l’humanité y puise une force nouvelle afin d’affronter l’avenir. Directrice artistique de la biennale et directrice du musée d’Art contemporain de Lyon, Isabelle Bertolotti répond à trois questions.

Lyon Capitale : Cette biennale fait écho à la crise sanitaire et, tout en étant internationale, a un ancrage local très important, pour quelles raisons ?

Isabelle Bertolotti : Certains axes de recherche avaient déjà été donnés aux commissaires avant la crise avec le désir de tenir compte de l’écosystème, de l’environnement territorial et de son histoire.

Je voulais que l’on parte de faits locaux pour avoir une biennale qui parle de la ville et qui ne soit pas la même si elle se déroulait à Sydney, Tokyo ou Londres. On a fait beaucoup de recherches historiques et de nombreuses découvertes nous ont interpelés comme par exemple la peste à Lyon avec Fourvière, la fête de Marie et le 8 décembre ; le fait que Lyon et le Liban étaient liés pour des raisons économiques notamment autour de l’industrie de la soie.


“La biennale s’inspire de l’histoire complexe de Lyon pour finalement aborder le thème de la fragilité au-delà des limites de la géographie et du temps”


Sam Bardaouil est libanais et il ne connaissait pas ce lien. Cela faisait écho à la fragilité actuelle du Liban, l’explosion à Beyrouth, les conditions de vie dans le pays. Il y a des cycles de l’histoire qui se reproduisent et c’était intéressant d’avoir les différentes strates qui ne sont pas les mêmes et qui pourtant ont des similitudes étonnantes alors qu’on s’imagine que la crise sanitaire est un événement exceptionnel.

La biennale s’inspire de l’histoire complexe de Lyon pour finalement aborder le thème de la fragilité au-delà des limites de la géographie et du temps. Elle présentera des œuvres anciennes et nouvelles qui viennent d’un peu partout et qui déploient des récits intemporels faits de vulnérabilité et de persévérance. On aura des prêts exceptionnels du Metropolitan Museum of Art de New York, du Louvre Abu Dhabi, du Staatliche Kunstsammlungen Dresden en Allemagne, mais aussi des musées lyonnais tels que le musée des Beaux-Arts, le musée Lugdunum, le musée des Tissus, le musée des Confluences ou encore Gadagne.

Les projets des artistes invités auront-ils une approche catastrophiste ?

Pas forcément. Certains plus que d’autres mais comme on est dans un cycle de l’histoire et qu’on est encore nombreux à être vivants, il y a de l’espoir. La question c’est comment arriver à faire de cette fragilité une force.

Tout le paradoxe de ce propos c’est le titre Manifeste de la fragilité, le mot manifeste est un terme un peu violent et la fragilité c’est l’inverse, c’est quelque chose qui va se briser. Il s’agit de voir comment on donne un peu d’espoir car s’il y a résistance c’est que c’est possible. On est dans une nouvelle vision du monde, du rapport aux autres, on n’est plus dans cette idée de l’homme blanc qui est au-dessus de tout. Il y aura des œuvres fragiles, d’autres qui seront dans le contrepoids.


“Nous voulons décloisonner les arts avec le plus d’acteurs possible comme le ballet de l’Opéra de Lyon, le CNSMD ou la CinéFabrique”


Vous mettez en avant le corps comme lieu de fragilité mais aussi comme vecteur d’une ville en mouvement

Oui car que ce soit lié à la Covid, aux inégalités sociales ou aux problèmes environnementaux, c’est notre corps en premier qui est agressé, malade, fragilisé, mais dans le même temps il est celui qui résiste quoi qu’il en soit. Ce corps-là est aussi en mouvement, il est un corps de personnes, un groupe.

Pour l’annonce de la biennale, on a fait venir à Fagor Sasso, un rappeur lyonnais avec une forme artistique où il se déplace et crée un nouveau rapport avec le public. On va proposer des formes performatives qui interrogent la manière dont on pratique le corps dans l’art contemporain.

Il y aura des projets en danse, en théâtre, nous voulons décloisonner les arts avec le plus d’acteurs possible comme le ballet de l’Opéra de Lyon, le CNSMD ou la CinéFabrique sur le rapport à l’image et au film, voire comment l’art plastique peut éclater sous une forme la plus large possible.

D’autre part, la biennale investira la ville avec plusieurs parcours qui mèneront le visiteur d’un lieu à autre, notre souhait étant qu’il ressente aussi l’exposition à travers son corps et les différentes manières dont il se déplace.


Le Manifeste de la fragilité, 16e biennale d’Art contemporain de Lyon – Du 14 septembre au 31 décembre 2022


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Culture : la 16e biennale d’Art contemporain de Lyon dans les starting-blocks – Lyon Capitale
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