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Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 10h47

La céramique contemporaine connaît aujourd’hui un engouement sans précédent. En témoigne la formidable exposition « Les Flammes. L’âge de la céramique », au Musée d’art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 6 février 2022, cinq ans après « Ceramix », organisée par la Maison rouge et la Manufacture de Sèvres. Mais aussi l’événement annuel « Ceramics Now », lancé en juin dernier par Raphaëlla Riboud-Seydoux et Florian Daguet-Bresson à la Galerie italienne, à Paris. En mai 2022, le MoCo de Montpellier compte aussi saisir la balle au bond, avec une exposition baptisée « Contre-nature, contes et céramiques ».

Rien que de très normal, selon Florian Daguet-Bresson, qui rappelle que « la céramique a longtemps été la quintessence du luxe ». Les plus grands créateurs d’ailleurs s’en sont emparés, en la hissant au niveau de la sculpture. Il n’est qu’à voir les collaborations de Picasso avec Madoura, à Vallauris, ou l’atelier de Fernand Léger à Biot.

En Grande-Bretagne, les céramistes Lucie Rie et Hans Coper sont encensés. Les Etats-Unis aussi ont plébiscité ce médium. Père spirituel de la céramique américaine, Peter Voulkos a pour sa part fait voler en éclats les frontières entre l’art et l’artisanat dans les années 1950, son aura profitant à ses élèves, comme Ron Nagle.

Vase de Pierre Soulages, Manufacture de Sèvres, 2000-2008. Vase de Pierre Soulages, Manufacture de Sèvres, 2000-2008.

En France, pourtant, la céramique fut un temps vouée aux gémonies. Trop fonctionnelle, trop kitsch, en un mot ringarde. L’artiste belge Johan Creten, qui en a fait son médium fétiche, moque volontiers ce discrédit : « Tous les artistes conceptuels et minimalistes qui utilisent leur cerveau sont de toute évidence meilleurs, plus intelligents et plus raffinés que le pauvre type qui ose vraiment toucher les matériaux avec ses mains. »

La galeriste Clara Scremini, l’une des premières à exposer la céramique à Paris, n’a pas oublié l’indifférence des collectionneurs lorsqu’elle a présenté en 1995, pour la première fois, des pièces à l’humour corrosif de l’artiste céramiste britannique Grayson Perry. A l’époque, celles-ci se vendaient péniblement entre 3 000 et 5 000 francs.

De l’eau a coulé sous les ponts : en juillet, Christie’s a cédé l’un de ses vases pour 137 500 livres sterling (environ 161 220 euros, soit plus de 1 million de nos « vieux francs »). Même embardée pour Ron Nagle, dont les œuvres s’échangeaient autour de 8 000 dollars en 2011 à la galerie Lefebvre & Fils, à Paris. En novembre, une sculpture provenant de la collection Daniel Lebard a été adjugée pour 47 500 euros chez Christie’s.

François-Xavier Lalanne, « Bar aux autruches », Manufacture de Sèvres, 1970-1979. François-Xavier Lalanne, « Bar aux autruches », Manufacture de Sèvres, 1970-1979.

Pour certaines pièces, les prix peuvent même s’envoler : en 2017, une sculpture-bar de François-Xavier Lalanne, Bar aux autruches, réalisée par la Manufacture de Sèvre, a fait exploser les compteurs avec 6,2 millions d’euros chez Sotheby’s. Plus récemment, en décembre 2020, un vase de Pierre Soulages, édité à huit exemplaires toujours par Sèvres, a été adjugé pour 252 000 euros, toujours chez Sotheby’s.

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Marché de l’art : le triomphe de la céramique contemporaine – Le Monde
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