Numa Hambursin est le directeur du Moco, le musée d’art contemporain de Montpellier. L’exposition qui démarre ce samedi 13 novembre est l’occasion de mieux faire connaissance. Sans langue de bois.

Cet été, votre nomination a été chahutée, voire contestée. Comment l’avez-vous vécu ?

Je ne vais pas me cacher, il y a eu des moments difficiles. Le plus difficile, c’était la colère des étudiants des Beaux-arts. J’ai toujours considéré qu’ils étaient au cœur du projet du Moco. S’il y avait un divorce avec eux, le projet n’était plus possible. Le Moco est un trident qui tient sur l’implication entre les deux centres d’art : la Panacée et l’hôtel des collections et c’est l’implication avec l’école des Beaux-arts, les professeurs et les étudiants. Ça a été le plus dur à vivre.

En même temps, tout de suite, je me suis dit que l’on n’avait jamais vu une polémique aussi importante pour une nomination dans un centre d’art hors Paris. Avec des “contre”, et des “pour”. J’ai des soutiens formidables. D’un certain point de vue, cela a prouvé l’enjeu qu’il y avait autour du Moco. Cela a passionné tout le monde : le milieu, la ville…

Et je me suis dit : il y a quelque chose à faire avec cette institution. Il y a de telles attentes, une telle volonté que ça marche, de tels enjeux, au-delà des enjeux de personnes pas très importants, mais des enjeux esthétiques, réels. Ce sont deux conceptions de l’art qui s’affrontaient, qui s’opposaient. C’est indéniable.

Ces deux conceptions, ce sont celles que vous demandaient l’ancien maire et le nouveau maire ?

Ce n’était pas sur une question politique, c’était sur la question de la vision de l’art contemporain.

Si on revient sur le contexte politique, en 2017, sous la mandature Saurel, vous êtes à la tête du carré Sainte-Anne et vous claquez la porte en déclarant manquer de liberté. Proche de Michaël Delafosse, vous revenez cet été avec le tapis rouge…

Je ne le vois pas comme ça. Sous Philippe Saurel, les derniers temps étaient devenus assez insupportables, il y avait une pression du politique qui était devenue assez ubuesque, une omniprésence, qui allait en parallèle avec une restriction d’une liberté de programmer. Il y avait un certain nombre de propositions artistiques qui étaient retoquées, mais sans que l’on me le dise réellement.

Or, la liberté de programmer, la liberté d’écrire est au cœur de mon métier. J’ai pris la décision de partir, ce qui est assez rare dans mon milieu. Mais bon, c’est terminé. Quant à mon arrivée au Moco, j’ai candidaté, avec des candidats très sérieux en face et je ne crois pas qu’une préférence a été faite. L’État notamment était représenté dans les différents jurys. C’était des gens importants. Je pense notamment à Olivier Kaepelin, une personnalité majeure, à l’origine du palais de Tokyo notamment. Ce qui a joué je crois profondément, c’est ma connaissance du territoire.

Selon vous, il s’agissait donc plutôt d’une incompréhension ?

Oui. L’incompréhension majeure était de me faire dire que j’allais détruire la structure du Moco. Or la formule d’un EPCC (établissement public de coopération culturelle, NDLR) qui réunit Panacée, hôtel des collections et école des Beaux-arts est incontestablement la grande réussite de Nicolas Bourriaud, une excellente idée.

À sa place, je n’aurais pas fait pareil mais c’est excellent, et il ne faut pas le démonter. Le Moco est une jeune institution, le musée Fabre a 200 ans, il ne va pas disparaître demain. C’est comme si on avait un très joli arbre, un peu trop touffu. Je pense qu’il faut élaguer un peu pour mieux voir sa forme générale. Et il était dans un pot. Ma mission est de faire en sorte que cet arbre soit désormais planté, qu’il prenne racine dans la ville. C’est ça l’objectif.

Comment s’est passée votre prise de fonction.

En bonne intelligence. Nicolas Bourriaud m’a présenté aux équipes (il y a 70 personnes de grande qualité qui travaillent en permanence). Ensuite, quand j’ai pris mes fonctions, le 1er juillet, j’ai eu deux obsessions : créer, avec les curateurs, une programmation d’exception dans un temps extrêmement court. Ça, je suis ravi, on a réussi à le faire, elle sera d’un niveau exceptionnel.

Deuxième chose, ce qui m’a le plus occupé, c’était les grands projets pour l’école. Je l’ai mené pendant l’été et à la rentrée. Pourquoi ? Déjà parce qu’il y avait ce divorce avec les étudiants qui ne pouvait pas rester comme ça. A la rentrée, le 1er octobre, dans le grand amphithéâtre de La Panacée, j’ai fait le discours inaugural face aux élèves. Je crois que, de ma vie, je n’ai jamais été aussi impressionné. Je voulais que ça se passe bien. C’était fondamental. Je peux vous dire qu’après, on a reçu le Président Macron, c’était de la blague. Il me semble qu’ils ont été convaincus.

L’une de vos principales missions sera également de rapprocher les Montpelliérains du Moco. Jusqu’ici, ils ne se sont pas approprié leur musée d’art contemporain…

Soyons clairs, c’est pour cela que j’ai été élu. C’est une vraie question qui ne remet d’ailleurs en rien en cause la qualité des équipes, qui sont absolument remarquables. Je crois que, principalement, cela passe par une programmation artistique. C’est central.

Comment faire ? Déjà, quand on expose des collections privées, on met un filtre supplémentaire entre l’œuvre d’art et le visiteur. Je m’explique. Quand vous allez voir une exposition, vous n’êtes pas forcément un spécialiste avéré, vous avez besoin d’un récit. Si vous faites une exposition monographique, ce récit est assez simple avec l’histoire de l’artiste jusqu’à l’époque actuelle. Vous avez un rapport très direct, vous êtes face à son œuvre.

Les expos avec des collections privées peuvent être passionnantes et très variées mais il y a la multiplicité des artistes. Le collectionneur est un premier intermédiaire. Le curateur qui choisit les œuvres est un deuxième intermédiaire. Vous mesurez bien la distance entre l’œuvre et le visiteur. Elle est considérable, Je veux l’abolir au maximum. Il faut qu’il y ait des temps forts pour mettre en valeur un artiste, avec une œuvre exigeante mais populaire, compréhensible pour montrer que l’art contemporain n’est pas juste une purge, et même, et j’y tiens particulièrement, l’art contemporain est une jouissance.

Allez voir une belle expo d’art contemporain équivaut à une belle balade au bord d’une rivière ou manger un bon repas. Ça doit être aussi un plaisir, pas uniquement une purge intellectuelle. C’est le cœur pour que les Montpelliérains et au-delà s’approprient cet établissement magnifique.

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Numa Hambursin, directeur du Moco de Montpellier : “L’art contemporain est une jouissance” – Midi Libre
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