La lumière du couchant vient colorer de rose la façade du Parthénon, deux femmes et un homme devisent sur une terrasse. On remarque quand même que c’est l’homme qui parle mais la soirée semble douce et belle… La peinture de Iakovos Rizos, de 1897, reprise pour l’affiche de l’exposition « Paris-Athènes. Naissance de la Grèce moderne, 1675-1919 » est comme une rêverie. L’histoire est plus violente.

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Encore faut-il savoir de quelle Grèce on parle, quand bien même le propos est centré sur les deux dates citées. Celle de la beauté sereine et hiératique de la Vénus de Milo, découverte en 1820 dans l’île dont elle porte le nom et ramenée en Europe l’année suivante en vertu d’un droit non écrit de pillage ? Celle des tragédies sanglantes d’Eschyle, Euripide et Sophocle, celle de l’Iliade ? Ou bien celle des années 1820, dans sa lutte pour secouer le joug de l’Empire ottoman ? La vénus et la guerre. C’était il y a cent ans. Deux visions du monde.

Quand Delacroix peint le chaos

L’exposition commence avec la visite de l’ambassadeur de Louis XIV, le marquis de Nointel, à la Sublime-Porte, qui désigne alors le sultanat ottoman. Il fait escale à Athènes et, à sa suite, cette province un peu endormie de l’empire turc va intéresser les artistes et les intellectuels.

L’endormie, ou qui le paraît, a des rêves d’indépendance et va se réveiller le 25 mars 1821. Ce jour, qui est toujours celui de sa fête nationale, un archevêque, Germanos de Patras, appelle au soulèvement contre l’empire. Plusieurs villes se libèrent, dont Athènes. L’indépendance est proclamée le 12 janvier 1822 mais l’Empire ottoman se lance alors dans une véritable guerre d’une extrême violence. L’écho en est tel que Delacroix peindra dans une de ses toiles les plus célèbres le massacre des habitants de l’île de Chios, mais aussi l’allégorie de la Grèce sur les ruines de la ville de Missolonghi, qui tombera en 1826.

Une vision nouvelle du romantisme de Byron

Le poète anglais Byron y meurt en 1824 suite à des fièvres contractées dans les marais. Une toile dans l’exposition le montre accueilli par les habitants de la ville, qu’il a rejoints en 1823, consacrant une partie de sa fortune à leur combat. On se dit alors que le romantisme, dont Byron est une sorte de symbole, comme son ami Shelley et la compagne de ce dernier, Maria, la créatrice du mythe de Frankenstein et de sa créature, n’était pas que soupirs au bord d’un lac, mais peut-être la naissance d’une certaine modernité politique.

L’école des beaux-arts d’Athènes

L’intervention des grandes puissances européennes, en particulier avec la déclaration de guerre de la Russie à l’Empire ottoman, permet enfin la création de l’État grec en 1829. Une dynastie est installée, avec bizarrement un prince bavarois, Othon, qui établit sa capitale à Athènes en 1834. Une nouvelle Grèce va se construire. L’école des beaux-arts d’Athènes est créée en 1837 et de nombreux artistes se forment à Munich.

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L’École française d’Athènes, premier institut d’archéologie à l’étranger, est fondée en 1846. Les fouilles de Délos, de Delphes ou de l’Acropole sont une véritable découverte de la richesse du passé, tandis qu’au présent, en parallèle des expositions universelles de 1878, 1889 et 1900, Paris devient un lieu de formation pour les artistes grecs, plus dans le registre de la peinture académique, il faut le dire, que du côté de l’impressionnisme et de la nouveauté picturale. Pour autant, ce n’est pas sans charme.

Iakovos Rizos, élève de Cabanel

Iakovos Rizos qui a peint la terrasse évoquée plus haut est un élève d’Alexandre Cabanel, un autre est un élève de Gérôme, une femme, Maria Cassavetti, modèle des peintres préraphaélites en Angleterre et maîtresse de l’un d’eux, Edward Burne-Jones, est une élève de Rodin… La Grèce est donc peu à peu reconnue comme une nation moderne, mais avec les limites que vont lui assigner les grandes puissances qui font obstacle en 1878 à son ambition de réunir tous les Grecs dans un même État avec pour capitale Constantinople.

Les frontières arbitraires qui vont en découler sont à l’origine des guerres des Balkans, en 1912 et 1913. Le prélude de la grande boucherie. Autant d’étapes dans le parcours proposé par le Louvre et Jean-Luc Martinez, son président il y a peu encore, mais qui pourtant étourdit un peu. On en sort sans trop savoir s’il y était question de politique, d’histoire, d’art, d’archéologie et de quelle Grèce il était question. Mais au fond, c’est peut-être ça la vérité, de l’Antiquité à aujourd’hui, bien au-delà des clichés, des images trop faciles et des sites touristiques… La Grèce d’aujourd’hui n’est pas moins complexe.

Jusqu’au 7 février 2022. Catalogue édité par le Louvre et Hazan, 504 pages, 39 euros

Exposition. Lumière du soir sur la Grèce moderne – L’Humanité

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